Souveraines de notre lumière

Voilà plusieurs jours que je me suis décidée à écrire un article sur l’amour, la lumière, la singularité, qui on est, qui on accepte de devenir ou pas dans le cadre d’une relation. Je choisis de le traiter sous l’aspect féminin, parce qu’être une femme en relation a ceci de particulier que l’on doit souvent combattre un « être femme » au nom duquel on accepte et où on nous contraint beaucoup. Le propos n’est évidemment pas de diminuer ni de nier ce que les hommes peuvent vivre de leur côté. Un « être homme » ou « être un homme » contient autant de diktats et de croyances que ce que l’on attend des femmes. Seul le contenu diffère.


De l’amour


Le titre « De l’amour » me vient assez automatiquement. Je me rappelle alors que ce titre n’a rien d’original. « De l’amour » vient de Stendhal, de ces époques que je m’imagine comme plus romantiques qu’aujourd’hui, de ces autres temps où les sentiments me semblaient plus grands, plus nobles, les hommes et les femmes plus érudits, encore que… Mais passons…


Ce titre me ramène aussi à moi, à mes propres insatisfactions et espérances projetées dans mes relations passées, … A ce que le cheval m’a amené comme levier de changement et de pacification de mon rapport à moi, à l’autre et à ce qui me porte à le considérer comme influenceur positif pour les relations en général en société. Ca me ramène également à ce nécessaire et non négociable amour de soi. A ce respect absolu de nous-même et de nos limites que l’on se doit de s’accorder d’abord à soi avant de découvrir certaines de nos facettes au contact de l’autre, avant de pouvoir donner sincèrement sans attendre recevoir en retour.


C’est fondamental et en même temps je m’agace de ces phrases qui inondent les réseaux sociaux comme des gimmicks du développement personnel où on nous recommande de tomber amoureux-se de soi pour nous sentir bien. Cela me semble tellement limitatif et éloigné de nos aspirations profondes et naturelles d’être en lien à l’autre, d’aimer et de se sentir aimé que proclamer un genre de « me, myself and I » comme échappatoire à ce qui se passe en cette période de confinement, mais plus largement aussi de misère relationnelle, me semble d’une malhonnêteté intellectuelle maladroitement travestie sous les atours d’un égo spirituel. Ce n’est parce qu’on préfère marcher pieds nus plutôt que mal chaussé-e-s, qu’on ne rêve pas de valses, de voyages, ni de chemins lumineux parcourus à deux et pourquoi pas les pieds dans le sable.

L’amour de soi, oui, comme point de départ et comme boussole interne pour savoir qui on est et vers qui se diriger, pas comme une finalité en elle-même. Ou pas toujours en tout cas.


Il était une fois ….


L’histoire banale d’une mise en cage


Ce que l’on nomme amour à travers les âges laisse autant d’amertume que d’espoir, fait couler des larmes, donnes des ailes, enflamme les lits ou embaume les cœurs à coup de poison domestique… Seul-e ou (mal) accompagné-e, on se laisse transporter vers des personnes que l’on va même ouvertement jusqu’à considérer comme « objet du désir » dans une sorte de posture convenue d’avance que parce que « je te veux », « tu seras à moi » et si « tu es à moi « marche ou crève » sous mes lois, dans mon cœur, dans mes rêves, dans ma tête quand ce n’est pas sous mes coups, et surtout néglige tes propres rêves, tes besoins, tes souhaits, …. plais moi autant que je le souhaite et sois tel-le que je te souhaite car tout objet de désir fascinant que tu sois, tu n’es qu’objet.


Ce que je rêve pour moi, pour toi, pour ce nous inconsistant se fera loi, jusqu’au jour où par survie ou par raison tu redeviendras sujet, ce jour où le mystère et la magie s’évanouiront dans une violence commune qui nous fait tous accepter à un moment donné ou à un autre et certes à des degrés divers, qu’en matière d’amour, on se contorsionne bien plus l’âme que le corps dans cette regrettable danse des lendemains qui pleurent et des spirales délétères qui nous font pourtant espérer sans cesse et sans trêve qu’un jour, cette rencontre avec l’élu-e de notre cœur maintes fois fantasmé aura bel et bien lieu dans ces visages, ces discussions, ces rêves qui nous feront ressentir ce que nous devrions pourtant savoir de nous-même et de longue date, que nous sommes tous et toutes exceptionnel-le-s quand nous ne nous transformons pas en tyrans. Pour danser le tango, il faut être deux et s’accorder.


Le registre amoureux nous offre ainsi régulièrement son florilège de violences tolérées dans un spectre de comportements pourtant intolérables allant des paroles diminuantes, aux blagues sexistes, en passant par la non prise en considération systématique des besoins de l’autre pour aller jusqu’à se lover dans la négation pure et simple d’autrui et la surpuissance dans des relations extrêmement toxiques mettant en lien un pervers-e narcissique ou un manipulateur-trice et sa victime.


« Etre femme »


Dans cette tyrannie relationnelle, la femme est bien souvent contrainte de faire profil bas. Les qualités souvent considérées comme féminines ont tendance à construire et à justifier des comportements de retrait, d’acception, de compréhension aveugle, de soumission et d’inégalité.


« Être femme » et non pas « être une femme » empêcherait donc en un sens d’être soi avant tout.

Pourquoi vouloir être prétendument « parfaite » et obéir à ceux et celles qui érigent en standards des comportements limitants, anxiogènes et peu épanouissants? Pourquoi se laisser étouffer lentement à coups de désillusion et d'(auto)sabotage qui rendent difficile le fait d’être une personne à part entière et d’être femme à sa manière?


« On ne naît pas femme, on le devient » disait Simone de Beauvoir. Le sexe est une donnée biologique, le genre est toujours politique. Mettons-y ce que nous souhaitons. Prenons garde à nos croyances et aux modèles auquel on se réfère pour normer, qualifier, comparer. Prenons également garde à ce que l’on qualifie à tort de masculin ou de féminin. Tout, absolument tout est subjectif et fait l’objet d’un choix à la base.


On impose aux femmes et on oscille effectivement constamment en tant que femme entre des archétypes maternels, amoureux, de réussite et même de management dits « féminins », avec des postures empruntées, des loyautés et des rapports de force à peine masqués. Un étiquetage constant et immuable qui colle à la peau comme un vêtement de mauvaise qualité qui sous la pression de ce mauvais rôle synthétise dans la chair, la tête et le cœur les attentes sociales et politiques qui dérivent de la condition féminine.


Il est impératif de se positionner comme une personne entière, qui peut entrer en relation en étant véritablement soi. Se référer au féminin le cas échéant ne devrait être que l’occasion de rendre hommage à ce que le féminin recèle de personnel, d’intime, d’intelligent, d’intuitif et de puissant dans une individualité et une originalité retrouvées.